Vous n'allez probablement pas lire ce mail jusqu'au bout.
Salut à tous·tes, merci de lire les Recos du Samedi !
Au menu de cet épisode : le magnifique concert de Bad Bunny au Super Bowl 2026, un sérieux souci d’attention chez les étudiant·e·s en cinoche aux States et la vie pas si glam que ça d’un célèbre couple de gangsters.
Bonjour à tous·tes, nous sommes le samedi 14 février : il y a tout pile 150 ans, Alexander Graham Bell n’aurait jamais imaginé que son invention aboutirait un jour au concept de “selfie”.
STORY TIME. L’année dernière, je vivais en colocation, dans le Nord, avec trois autres personnes. Il y avait une bonne ambiance, on s’entendait bien, au point de s’organiser des soirées films… quasi tous les soirs. Mais à force de mater l’intégrale de Twilight ou de la série 911 - on a eu des phases docu ARTE hein - je me suis aperçu que 99% du temps, la plus jeune des colocataires suivait le film… Et jouait en même temps à des jeux sur son téléphone. Ça m’intriguait, alors je lui en avais parlé : elle m’expliquait qu’elle décrochait assez vite du film, jouait sur son tél, jetait un oeil pour suivre le film, etc. Un souci d’attention, de son propre aveu - je ne lui jette pas la pierre, ça m’arrive aussi de temps à autre. Si j’y ai repensé, cette semaine, c’est en lisant un papier de Rose Horowitch, pour The Atlantic, qui montre bien à quel point on est dans la merde c’est un souci générationnel. Le titre ? “The Film Students Who Can No Longer Sit Through Films”. En français, “Ces étudiant·e·s en cinéma qui n’arrivent plus à suivre un film” - c’est ma reco à lire 📚 cette semaine.
VOUS LISEZ, LÀ ? De façon ironique, le popcorn fait des ravages dans les études de cinéma aux States. Pas la friandise en elle-même : le “popcorn brain”, ce phénomène de perte de l’attention dont la RTBF nous apprend qu’il désigne “la tendance de notre cerveau à sauter d'une information à une autre sans jamais se fixer sur une seule” - d’où le “popcorn”. En 2004, la durée d’attention sur un écran était en moyenne de deux minutes et demie, selon Gloria Mark, professeure émérite d'informatique à l'université d'Irvine (Californie). En 2024, la durée avait chuté à… 54 secondes, confiait-t-elle à la RTBF. Si la journaliste Rose Horowitch plaisante, au début de son article, sur les difficultés de profs étasunien·ne·s à faire lire des bouquins à leurs élèves - “Vous vous rappelez des livres ?” - ça pose une énorme question pour des étudiant·e·s dont le cursus consiste… à mater des films.
VOUS LISEZ ENCORE ? “Avant, je me disais : “Si les devoirs à la maison consistent à regarder un film, ce sont les meilleurs devoirs qui soient”, explique Craig Erpelding, professeur de cinéma à l’Université de Madison (Wisconsin) à la journaliste. “Mais les étudiant·e·s ne le font même pas.” Le constat est à peu près le même parmi les dix-neuf autres profs interrogé·e·s par Rose Horowitch dans tout le pays. Akira Mizuta Lippit, enseignant à l’Université de Californie du Sud - “qui accueille sans doute les meilleurs cours dans le domaine de tout le pays” - compare carrément ses étudiant·e·s à des fumeur·euse·s qui tentent d’arrêter la clope : “Plus ils passent de temps sans regarder leur téléphone, plus ils ont besoin d’occuper leurs mains.” Addictif.
VOUS ÊTES TOUJOURS AVEC NOUS ? On parle quand même d’étudiant·e·s qui ont a) CHOISI de faire ces études b) se doutaient bien qu’il fallait mater des films et c) suivent des cursus parmi les plus coooools de la planète. Mais il faut aussi comprendre que cette génération étudie dans un monde où l’industrie du divertissement, Netflix en tête, pond désormais des “films algorithmiques” - on en avait parlé ici, Matt Damon le dit là - que vous pouvez suivre en même temps que vous passez l’aspi. Ce qui n’empêche pas certains profs de s’organiser avec des méthodes plus ou moins originales. Ou des étudiant·e·s de débarquer avec des connaissances cinématographiques… surprenantes. Voire de foirer complètement un quiz sur le Jules et Jim de Truffaut, avec des pièges pourtant évidents. Bonne lecture - et gare aux spoilers !
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